Étonnant anniversaire – le vingtième – que celui de la chute du Mur. Car il faut bien préciser que c’est celui de Berlin. Il y en a encore bien d’autres. Et peut-être est-il bon de se rappeler que même quand les murs tombent, il y a encore longtemps des traces. Il suffit de se promener à Berlin-Est pour s’apercevoir qu’on n’est toujours pas à l’Ouest !
Depuis lors, donc, d’autres murs ont été consolidés ou érigés. Que l’on pense à celui qui traverse la ville de Jérusalem – la cité de la paix – et sépare Israël des territoires palestiniens. Heureusement, une petite porte a été faite pour permettre à des enfants de rejoindre leur école (voir p. 5), mais on est loin du verre à moitié vide ou à moitié plein. Il y a aussi cet immense grillage, moins connu, entre les États-Unis et le Mexique, pour empêcher l’immigration. Mur de la peur et de l’égoïsme, car bâtir des citadelles de “bien-être” se fait toujours dans l’ignorance des autres et sur leur dos. “Un enfant peut mourir là-bas d’une maladie dont on a le médicament ici”, dit Nicolas Hulot, dans son film ‘Le syndrome du Titanic’.
Hélas, il y a encore d’autre murs, “naturels” ceux-là. Ainsi, la Méditerranée, si bleue pour les touristes. Que d’Africains n’y ont-ils pas perdu la vie dans des naufrages ? Ils voulaient quitter leur continent de misères, dont les richesses sont bien exploitées par le Nord, pour pouvoir vivre un peu mieux dans notre Eldorado, ce lieu, dirait encore Nicolas Hulot, où l’on a tout, mais où on n’est satisfait de rien. Alors que l’Afrique est ce lieu où l’on a rien et l’on se satisfait de tout… Le synode africain n’a cessé de clamer le drame de ce continent.
Quant à la crise financière et économique de septembre 2008, elle a aussi érigé des murs invisibles, dont on mesure encore à peine la hauteur et la solidité. Tout se passe comme si le libéralisme sauvage, qui se donne pour nom élégant le capitalisme, avait besoin de ces murs pour prospérer. Certains avaient rêvé que la crise remette le système en question. Elle a au contraire révélé une fois de plus son extraordinaire “résilience”. Le système soviétique avait ses goulags, ai-je entendu à la radio ; le capitalisme international a ses grandes pauvretés. “Soit l’humanisme est à la mesure du monde, soit il ne l’est pas, a pu écrire Éric-Emmanuel Schmitt. Un véritable humanisme ne reconnaît pas les frontières.”