Famille et éducation

Parents seuls : la stigmatisation est-elle nécessaire ?

Par Dominique PARIS-GOUSSEAU



Parents seuls : la stigmatisation est-elle nécessaire ?
Nous sommes plusieurs millions en Europe et avons les mêmes difficultés, souvent les mêmes particularités, les mêmes détresses, les mêmes culpabilités, les mêmes bonnes volontés et nous nous sentons bien souvent très isolés.

Nous ne sommes ni des célibataires, ni des parents lambda … Notre cas est plutôt à part tout en ayant les mêmes similitudes … A la différence près que nous sommes souvent seuls à résoudre les problèmes de boulot, financiers, de bricolage et bien sûr, d’éducation au quotidien et de médiocre image de nous-mêmes.

Comment arriver à nous positionner dans tout ça, à trouver notre place, à être un citoyen digne et responsable, un parent correct, un homme ou une femme plutôt bien dans sa vie.

A tout cela s’ajoute parfois une autre épreuve culpabilisante lorsqu’on nous assène que notre situation de parent isolé est un obstacle majeur à une bonne éducation de nos enfants, des enfants sevrés d’un cocon familial « normal » et susceptibles de réagir plus tard par la révolte et l’incivisme. Des enfants qui ont toutes les chances de répéter plus tard ce même schéma et qui se révéleront, à leur tour, incapables de construire une famille stable. Pour gratuite que soit cette hypothèse, elle n’en reste pas moins désagréablement démoralisante et difficile à vivre au quotidien. Ce point de vue ne repose à dire vrai que sur des schémas qui n’ont pas grande valeur. Si on peut en effet supposer qu’un « enfer familial » puisse avoir de funestes conséquences sur la psychologie d’un enfant, y compris lorsqu’il s’agit d’une famille dite « normale », on ne voit pas en quoi l’amour et l’attention d’un parent seul à l’égard de son enfant ne sauraient jamais déboucher que sur le seul échec. La réussite éducative n’a jamais tenu au seul contexte familial mais aussi aux talents d’éducateurs dont sont pourvus les parents, fut-ce un parent seul.

Il est curieux que ce soit trop souvent des chrétiens qui tiennent pour absolue cette image d’Epinal, tellement obtuse dans son manichéisme et si éloignée du message évangélique pourtant tellement chargé d’espérance, en particulier à l’égard de ceux qui sont éprouvés.

Le parent seul n’attend que des encouragements parce que sa tache est déjà suffisamment difficile pour qu’il ne soit pas nécessaire qu’on lui dise qu’elle ne mènera de toute façon qu’à une impasse. Il souhaite bien faire comme tout le monde . Leurs enfants ont du mal à s’épanouir lorsqu’ils se sentent stigmatisés alors qu’il leur serait si précieux qu’on leur accorde plus de confiance.

Tout cela ne rappelle t-il pas un certain pharisianisme ? Celui qui se tient debout dans le temple, drapé de certitude, et qui remercie Yahvé d’avoir fait de lui un homme si bien, tandis que, derrière une colonne, un autre se bat discrètement la poitrine en confessant son indignité et en implorant de l’aide ?








Dominique PARIS-GOUSSEAU


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