Les Belges sont-ils les seuls à se réjouir de l’élection d’Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen ? À lire la presse étrangère, on serait tenté de le penser. Notre Premier ministre n’a pas encore pris de décision que l’on fait déjà son procès un peu partout sur le continent. “Terne”, “inexistant”, “sans expérience”, “anesthésiant”… Tels sont les termes qui reviennent le plus souvent à son propos. Sont-ils inappropriés ? Oui et non. Herman Van Rompuy, en effet, n’est pas le personnage flamboyant et charismatique qu’auraient souhaité certains États membres de l’Union européenne. Mais il ne faut toutefois pas se fier aux apparences ni prendre sa réserve ou son humilité pour de la mollesse. Derrière ses airs de bon père de famille et son sourire un peu timide, se cache un homme de grande fermeté et au caractère bien trempé, qui ne manquera pas, à notre avis, de surprendre ses détracteurs.
Certes, un homme ou une femme à l’ego plus important aurait sans doute donné plus de panache et de visibilité à notre bonne vieille Europe, mais est-ce vraiment de cela qu’elle a le plus besoin en ce moment ? L’UE compte aujourd’hui 27 États membres, aux attentes et aux ambitions très différentes, qu’il n’est pas toujours facile de concilier. Parce qu’il connaît le sens des mots “négociation” et “consensus”, et parce qu’il est davantage intéressé par les résultats que par son aura personnelle, Herman Van Rompuy est donc, à nos yeux, “the right man at the right place”, le meilleur choix que l’on pouvait faire en ce moment précis de la construction européenne.
Bien sûr, ce choix n’est pas sans conséquences pour nous. À l’heure où les partis de la majorité s’apprêtent à aborder le délicat dossier de l’arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvorde, nombre de nos compatriotes se demandent s’ils n’en viendront pas à maudire ce Traité de Lisbonne qui nous a enlevé un médiateur aussi talentueux. En effet, le retour d’Yves Leterme sur l’avant-scène politique belge en inquiète plus d’un, surtout du côté francophone. Nul n’est toutefois autorisé à le condamner d’avance à l’échec, comme l’ont fait certains journalistes à l’égard d’Herman Van Rompuy. Laissons-lui, en effet, le temps de faire ses preuves, de montrer qu’il a changé et appris de ses erreurs. Lui aussi pourrait nous surprendre.