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Vendredi 10 Septembre 2010
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Diminuer la taille du texte Haut et Bas-Uélé (RDC): Une barbarie sans nomAux confins septentrionaux de la République démocratique du Congo, la Lord’s Resistance Army (LRA), un groupe de terroristes venus d’Ouganda, tue, pille, viole et mutile des civils, avec une barbarie sans nom. Après l’échec des opérations militaires menées contre eux, les rebelles semblent être montés en puissance : après les massacres de Makombo récemment révélés (*), le mois de mars a vu à nouveau leurs attaques flamber.
Une des femmes mutilées par la LRA pour semer la terreur
Entre le 14 et le 17 décembre, la LRA a fait irruption dans une dizaine de villages du territoire de Niangara, tuant au moins 321civils et emmenant en otages 250 autres, dont 80 enfants. Attachées à un arbre, certaines victimes ont eu le crâne fracassé à coups de hache, d’autres ont perdu la vie, rouées de coups de machettes, de poignards ou de gourdins, voire égorgées. Enchaînés, les otages qui n’avançaient pas assez vite ou croulaient sous le poids des charges à transporter étaient mis à mort. Une fillette de 3 ans a été brûlée vive. Des enfants ont été forcés de tuer d’autres enfants : la victime désignée était encerclée, chaque enfant devait lui asséner un coup de massue sur la tête jusqu’à ce que mort s’ensuive. Selon l’enquête très fouillée menée par “Human Rights Watch” (HRW), les tueries planifiées ont été perpétrés sous la houlette de deux grands chefs de la LRA, surnommés Binany et Obol, qui rendent compte au général Dominic Ongwen, recherché par la Cour pénale Internationale. Le mouvement serait soutenu par Khartoum en vue de déstabiliser la région et le Sud Soudan appelé à un referendum sur l’indépendance en 2011. Dans cette folie meurtrière, il faut saluer l’héroïsme de certains. Ainsi, un père de famille qui, voyant massacrer ses deux enfants et son frère, est sorti de sa cachette pour demander à Obol les raisons de pareils crimes. Pour toute réponse, l’homme a été frappé à mort. À Tapili, l’autorité locale ainsi qu’un soldat congolais sont partis courageusement à moto dans la direction d’où les combattants LRA avaient été signalés afin de vérifier les faits. En chemin, ils ont été pris sous le feu des LRA, qui “ont dépouillé le soldat de son uniforme et lui ont crevé les yeux. Ils ont coupé l’un des doigts du chef de poste et ont ensuite mis le feu à la moto et aux deux corps.“ Kinshasa nie les massacres
Le plus étonnant, c’est que ces atrocités n’ont été révélées que longtemps après. Et encore, il aura fallu l’enquête approfondie de HRW pour dévoiler au monde les faits commis trois mois plus tôt. Pourtant, des soldats de l’armée congolaise ont aidé à enterrer une petite centaine de morts et informé leurs autorités. À Niangara, la ville la plus proche, il y avait aussi quelques rares ONG. Mais certains avaient fui à l’annonce de possibles attaques, d’autres ont peut-être vu ou entendu des blessés ou des témoins. Se sont-ils tus au nom d’une obligation de neutralité ? À moins qu’on ne soit trop habitué à l’horreur et n’ait pas pris la mesure de ce qui s’est passé ? Plus vraisemblablement, très peu de personnes ont survécu, guère de témoins ! Quant à la MONUC, elle a été alertée après les massacres, mais n’a diligenté une enquête sur le terrain qu’après trois mois, titillée par les chercheurs de HRW.
Bien sûr, les casques bleus, qui ont concentré leurs forces au Kivu, n’avaient pas les moyens d’empêcher les tueries avec moins d’un millier d’hommes pour les vastes étendues du Haut-Uélé. Encore faut-il que les militaires onusiens contactés par la population aient le courage, voire la volonté, de remplir leur mandat de protection des civils et qu’ils comprennent au moins le français. Ce qui n’est pas le cas des Marocains, de piquet à l’entrée de la base de Dungu, sans parler des Bengladi ou Guatémaltèques déployés dans la région. Par ailleurs, certains Congolais se demandent si la communauté internationale ne se focalise pas trop sur les ressources naturelles ou les bonnes relations politiques au détriment de la vie d’êtres humains ou tout simplement de leur quotidien. Quoi qu’il en soit, le Ministre congolais de la Justice et des droits humains nie les faits : “Il n’y a pas eu de massacres. Il s’est agi de quelques victimes ne dépassant pas le chiffre de 25, contrairement aux 321 victimes comptabilisées.“ Pour certains observateurs, reconnaître le carnage signifierait que l’armée congolaise ne parvient pas à sécuriser le territoire… à l’heure où le gouvernement exige le retrait total des militaires de la MONUC d’ici le 30 juin 2011. Dans son discours à la Nation de décembre 2009, le Président Kabila avait annoncé que la sécurité était rétablie sur tout le territoire et que le drapeau de la RDC flottait à toutes les frontières. En attendant, les habitants des Uélé pleurent leurs morts et leurs enfants toujours retenus en otages dans la jungle. Par de “simples bandits locaux“, comme l’affirme Kinshasa ? Texte et photos : Béatrice PETIT (*) “Le chemin de la mort”, rapport publié le 29 mars par Human Rights Watch (www.hrw.org/fr/node/89354 )._ Légende photo : Une des femmes mutilées par la LRA pour semer la terreur
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Texte et photos : Béatrice PETIT
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