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Changements climatiques - Allons-nous droit dans le mur ?
Du 7 au 18 décembre 2009, les représentants de quelque 200 pays se retrouveront à Copenhague afin de s’accorder sur de nouvelles mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. En vue de ce sommet, le service pastoral des messes radio-TV a demandé à Jean-Charles Beaubois, spécialiste de la question et présentateur météo à la RTBF, de faire le point sur ce sujet brûlant de l’actualité. C’était le 29 octobre dernier aux Fraternités du Bon Pasteur à Bruxelles.
“Plus je m’intéresse aux changements climatiques, plus je me rends compte qu’il devient difficile d’en parler“, confie d’emblée Jean-Charles Beaubois à la quarantaine de personnes ayant bravé le mauvais temps pour venir assister à sa conférence. “Le nombre de sceptiques et d’opposants à cette thèse ne cesse d’augmenter, surtout en ce moment, à l’approche du Sommet de Copenhague.“ Pourtant, insiste-t-il, il s’agit bien d’une réalité. “Depuis quelques années, en effet, on assiste à des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et violents : ouragans, tempêtes, cyclones, pics de chaleur, pics de pollution, etc.“
Où en sommes-nous ?
Il est vrai qu’après avoir entendu les exemples et les chiffres donnés par le présentateur météo, il est difficile de douter encore. Le climat est bien en train de changer, et à vive allure qui plus est. Les 600 habitants duvillage de Shishmaref, en Alaska, en savent quelque chose, eux qui, chaque année, voient la mer grignoter un peu plus leurs terres et leurs maisons. En effet, pendant la saison des tempêtes, l’île n’est plus protégée par les glaces. À chaque coup de vent, la mer creuse un peu plus le permafrost, ce sable gelé sur lequel est bâti Shishmaref. Et l’île rétrécit. “Après y avoir passé près de 4.000 ans, les habitants se préparent donc à l’abandonner, sans trop savoir où ils atterriront“, explique le présentateur météo. Ils seront les premiers réfugiés du réchauffement de la planète.
Afin qu’il n’y ait pas de malentendus, Jean-Charles Beaubois tient à rappeler que notre planète émet du CO² depuis la nuit des temps et que l’effet de serre est un phénomène essentiel à notre survie. Sans lui, la température moyenne à la surface de la terre serait de – 18°. “Le problème“, insiste-t-il, “c’est que l’activité humaine est en train de modifier dangereusement ce fragile équilibre. En France, par exemple, la température moyenne a augmenté de 1° ces trente dernières années. Cela peut paraître dérisoire, à première vue, mais c’est loin de l’être, car cette hausse ne va pas se répartir harmonieusement. Il y aura des pics.“
Mais qui est à l’origine de ces changements ? De nouveau, les chiffres parlent d’eux-mêmes. “Dans les pays développés, on rejette 20 tonnes de CO² par an et par habitant“, explique Jean-Charles Beaubois. “Alors que dans les pays sous-développés, on en rejette seulement 2 tonnes.“ Et le conférencier de citer les noms des plus grands pollueurs de la planète : la Chine (28%), l’Amérique du Nord (16%) et l’Europe (11%). Ainsi que les deux activités humaines les plus génératrices de gaz à effet de serre : la production d’électricité (59%) et la cimenterie (16%).
À quoi devons-nous nous attendre ?
Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a réalisé des simulations de l’évolution de la température pour les cent ans à venir, explique le présentateur météo. “Selon ces modèles, avec une augmentation de 1% par an de la concentration en CO² dans l’atmosphère, la température devrait augmenter de 1 à 5,8° d’ici 2100, avec des répercussions sur le climat, sur le niveau des mers et sur d’autres aspects environnementaux. Le plus inquiétant, c’est que malgré les efforts entrepris depuis la Conférence de Kyoto, ces modèles s’avèrent plus optimistes que la réalité.“ En Europe du Nord, poursuit-il, la montée des eaux aura des conséquences non négligeables. “On va se retrouver avec un nombre de plus en plus élevé de réfugiés climatiques, des problèmes d’accès à l’eau potable, une diminution des surfaces cultivables, etc.“ Des perspectives pas très réjouissantes, surtout quand on sait qu’il faudra cent ans à la Terre pour absorber les trois milliards de tonnes de CO² présents actuellement dans l’atmosphère.
Que faire dans ces conditions ?
Face à de tels enjeux, on pourrait être tenté de baisser les bras, mais Jean-Charles Beaubois veut rester optimiste. “Idéalement, il faudrait que d’ici 2050, nous diminuions de 50 à 80% nos émissions de gaz à effet de serre“, explique-t-il. “Cela peut paraître énorme, mais je pense que c’est possible. Et cela, sans que nous soyons tous obligés de rouler à vélo.“ Le conférencier refuse toutefois de privilégier telle ou telle solution (panneaux solaires, éoliennes, nucléaire…). “Car il n’y a pas une solution, mais plusieurs.“ Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’il nous faudra “changer nos habitudes de vie“, “remettre l’homme au centre de nos préoccupations“, “consommer moins et différemment“, “diminuer l’individualisme“…
Un gros effort devra également être fourni au niveau des grandes villes, car 80% des émissions de gaz à effet de serre proviennent d’elles. “Il faut adapter les constructions existantes, isoler les bâtiments privés, réorganiser les villes, mettre en commun ce qui peut l’être, etc.” Enfin, il faudra résoudre le problème de la natalité. “Avec la croissance actuelle de la population“, explique Jean-Charles Beaubois, “la Terre peut produire assez de ressources pour tout le monde jusqu’en 2100. Après, ce ne sera plus possible. Il est donc urgent d’agir à ce niveau.“
Et si jamais nous avions tout faux, si le climat n’était pas en train de changer ? demande une participante. “C’est fort peu probable”, répond le présentateur météo, “mais si c’était le cas, nous aurions au moins nettoyé la planète de toutes les poubelles qu’on y a laissées.”
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