Muni d’un papier et d’un crayon, je relis en totalité pour la deuxième fois en deux mois, l’encyclique de notre Saint Père.
Honnêtement, je reconnais une grande œuvre écrite par un pape digne de ses prédécesseurs. Certes, il faut s’accrocher. Elle n’est pas à la portée du premier venu qui se contenterait de parcourir le texte en diagonale.
Condensé et complémentaire de cent ans d’encyclique, (principalement rerum novarum et populorum progressio) et de réflexions actualisées de laïcs chrétiens, elle tient compte des nouvelles données technologiques, sociales et environnementales. Elle est l’un des textes que tout décideur et responsable, chrétien ou non, se devrait de garder en point de repère à son chevet.
Une introduction magistrale, inspirée ; une charité amour libérée de l’étroitesse de l’émotivité, éclairée par la vérité qui demande raison et foi dans le respect de la Justice.
Une encyclique « pour son temps sans être de ce temps », peut-être même au delà du temps, un souffle prophétique
Les medias ne s’y sont pas trompées, restant relativement ‘secs’ sur ce texte.
Une encyclique du développement, terme omniprésent dans le texte, mais pas n’importe lequel, le développement intégral de tout l’homme de toute l’humanité, pour abréger, je dirais le d.i.t.h. qui concerne le ‘bien commun’ pour l’épanouissement de tous dans un minimum de décence. Un développement à considérer comme moyen, non comme fin.
Tout cela se passe dans l’explosion de l’interdépendance planétaire, définition raccourcie de la mondialisation, poudrière en puissance, nouvelle donne ‘pour la raison qui demande une civilisation de l’amour.’
Un hymne à la Vie, un appel à son respect, sa dignité, son éthique
L’AMOUR en VERITE, une encyclique de la FRATERNITE
« Soyez unis les uns les autres par l’affection fraternelle »
En tant qu’hommes et femmes chrétiens, nous sommes tous concernés à nos petites places par cet appel à collaboration et à co création selon le plan de Dieu, nous avons le devoir de nous informer pour un meilleur discernement.
En tant que membres baptisés de l’église catholique, nous avons aussi : droit à l’expression de ce que nous pensons.
Il me semble que ce texte présente un certain nombre d’ambiguïtés du moins pour ceux qui n’ont ni la foi, ni la possibilité de bien discerner. En voici quelques unes :
Une reconnaissance de l’apport des religions et un appel à la collaboration fraternelle pour tous les hommes de bonne volonté pour le dith (développement intégral de tout l’homme), mais leur non équivalence, ou encore l’affirmation que ‘l’homme sans Dieu ne peut fonder par lui-même un véritable humanisme’.
La reconnaissance,(avec certaine réserve) de la nécessité d’une procréation responsable pour une maîtrise de la croissance démographique, la réaffirmation de la place de la famille et du rôle du couple seul décisionnaire de ses choix devant Dieu… mais pas de clarté sur les moyens plus ou moins naturels d’y parvenir.
En rapport avec l’écologie et l’environnement, l’appel au respect des lois naturelles… mais aussi la nécessaire intervention de l’homme pour un développement plus harmonieux
Une encyclique pour ceux qui ont déjà la foi, plus difficilement compréhensible pour les autres, et qui passe au-dessus de leurs têtes
Je rêve d’un monde moins orgueilleux qui cesserait de penser que c’est l’homme qui a inventé Dieu.
Je rêve d’une Eglise qui se fasse plus humble, qui campe moins sur ses certitudes, qui reconnaisse plus ouvertement qu’elle n’est pas seule en possession de la Vérité mais au service de la Vérité. Moins d’humanisme et plus d’humanité.
« ‘Le christianisme, religion du dieu qui porte un visage humain’ ouvert au développement de tous les hommes sans esprit de caste »… mais aussi religion d’un Dieu assez fou pour se faire clouer sur une croix.
Le Christ de Michel Ange, qui tend le bout de son doigt vers l’humanité, où et celui du père de Montfort qui parcourant la campagne en portant un miséreux sur son dos frappait aux portes en criant : ’ouvrez, c’est jésus le Christ qui demande à rentrer’.
« la place de l’Eglise est unique, mais non exclusive d’autres voies, sans doute moins directes mais authentiques. » (p.Y.M.Blanchard)
A quand un synode largement ouvert aux laïcs (ques) pour en discuter ?
Et « Une Eglise signe et sacrement d’une réalité encore inachevée. Son importance numérique importe moins que sa capacité d’être présente et visible en tous lieux d’humanité »(p.Y.M.Blanchad).
En ce dernier sens,’ Caritas in veritate’ semble bien remplir sa mission.